D’où vient la langue maltaise ? Article de The Economist.

The Economist (23/11/2015) – Rubrique : The Economist explains – Explaining the world, daily.
Article paru avant le rassemblement des chefs de gouvernements du Commonwealth à Malte, 27-29 novembre2015 : CHOGM Malta 2015. – Article complet (en anglais), ici.

« Il peut sembler surprenant qu’un dialecte de l’arabe soit une langue officielle de l’Union européenne. Mais 90 kilomètres de voyage au sud de la Sicile et de la langue aux sons bizarres du plus petit Etat de l’UE, Malte, est exactement cela. Avec quelques 450.000 locuteurs natifs, on a accordé au maltais un statut officiel en 2004 après que le pays ait rejoint l’UE. Malte appartient également au Commonwealth, qui tient une conférence dans sa capitale ce week-end; quelque 30 chefs de gouvernement doivent arriver à La Valette, où même au milieu du bavardage en anglais, ils sont susceptibles d’entendre un peu de maltais. Le maltais est le seul survivant des dialectes arabes parlés en Espagne et en Sicile au Moyen-Âge et la seule langue sémitique écrite en alphabet latin. A l’oral, les sons maltais sonnent comme l’arabe avec une pincée de phrases en anglais. A l’écrit, cela ressemble à l’italien avec un mélange de certains symboles particuliers. Alors d’où vient le maltais moderne ?

Tout comme sa société, la langue de Malte est le résultat de siècles de brassage culturel. Déjà dès le IXe siècle jusqu’en 1964, lorsque le pays est devenu indépendant, une série de conquérants ont laissé leur empreinte sur tous les aspects de la vie maltaise, de l’architecture et des Arts à la cuisine colorée de l’île. La transformation linguistique principale est venue vers 1050 quand les Arabes au pouvoir ont absorbé la communauté existante et, par la force du nombre, ont remplacé la langue locale par la leur. Les Siciliens et les Chevaliers de Malte ont suivi. Le sicilien, le latin et l’italien, qui a par la suite été déclaré langue officielle du pays, a joui d’ un statut élevé depuis des siècles, mais l’arabe a persisté. En 1800, Malte est devenue une colonie britannique et l’anglais, qui a rejoint le Babel des langues existantes, l’a progressivement emporté sur ses rivaux linguistiques.

Le maltais s’est développé en parallèle avec les nationalités de ceux qui ont régné ; absorbant de nouveaux éléments et en les intégrant dans ses structures arabes simplifiées. Même après que les Britanniques l’aient nommé une langue nationale en 1934, le maltais a été affecté par des éléments étrangers. Avec le maltais, l’anglais est resté (et est toujours) une des deux langues officielles du pays et jusqu’en 1959 la télévision était disponible uniquement en italien. Cette culture polyglotte est au cœur de la société moderne de Malte. Selon un sondage Eurobaromètre en 2012, quelque 90% de la population de l’île parle anglais. Un autre 36% parlet italien. La moitié des sujets dans les écoles du pays et la quasi-totalité de ses cours universitaires sont enseignés en anglais. Les inscriptions des boutiques et les menus sont en anglais et en italien ; les journaux sont en anglais et en maltais.

Identité et langue sont étroitement liées, mais le niveau élevé de bilinguisme à Malte a fait changer les codes. L’utilisation de l’anglais est de plus en plus présent dans le langage informel -certains mots ont même adopté et donné une nouvelle vie dans des formes de la langue italienne. Actuellement, beaucoup craignent que cette intrusion mène à l’abandon de la langue. D’autres rejettent une telle préoccupation en la considérant hors de propos. Le Professeur Joseph Brincat, qui enseigne la linguistique à l’Université de Malte, dit qu’il est trop tôt pour dire si le maltais survivra. Mais alors que la langue de Malte a émergé d’un mélange indéniable, elle n’est plus vulnérable aux caprices de souverains étrangers. Comme son économie en plein essor, l’évolution de la langue de l’île sera dictée par ceux qui la parlent. » – Traduction à partir de Google Trad.

 

_____ Autres articles et pages traitant de la langue maltaise sur « MALTE & La Valette » :

Une langue inscrite dans l’histoire – Le Monde Diplomatique, par Martine Vanhove (octobre 2007)
« Méconnue, la langue maltaise porte les traces de l’histoire mouvementée de l’archipel, entre dominations arabe, italienne et anglaise. Depuis 2004, elle est l’une des vingt-trois langues officielles de l’Union européenne. »
Lire plus… Une langue inscrite dans l’histoire

La langue maltaise aujourd’hui.
« … En 1788, Vassalli publie dans Alfabeto Maltese (Alphabet maltais) son premier alphabet connu qui n’est encore qu’une transcription avec un alphabet latin augmenté de dix signes pour transcrire dix phonèmes qu’il a identifiés comme différents des sonorités italiennes… »
C’est en effet en grande partie à Mikiel Anton Vassalli (1764-1829) que l’on doit la langue maltaise telle qu’on la connaît aujourd’hui. Ce linguiste est d’ailleurs désormais qualifié de « père de la langue maltaise ».
Suite … La langue maltaise aujourd’hui.

La langue : le vrai trésor des Maltais – Source : RFI – semaine maltaise – 2003 – Laurent Berthault
« Ballottée par l’histoire de ses conquérants, la petite île méditerranéenne de Malte a su élaborer et conserver une langue unique, le maltais. Le dialecte arabe originel s’est enrichi d’apports italiens, français et anglais, donnant à la nation maltaise une identité très forte en Europe.
Lorsque vous demandez où se trouve le petit marché populaire de La Valette, on vous répond indifféremment: dans «Merchants Street», ou bien «Strada Mercanti», à moins que ce ne soit «Triq il-merkanti». Trois noms différents pour un même lieu, dans l’une des petites rues étroites et vivantes de la citadelle. Au milieu de la foule matinale, l’oreille française perçoit avec étonnement des «Bonjou», reconnaît des «Grazzi» très italiens ou des «Tank you» anglais, et se laisse bercer par des «zodj liri», soit deux livres maltaises qui n’ont rien perdu de leur origines arabes. » – Lire plus… La langue : le vrai trésor des Maltais