Histoire

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Histoire de Malte à partir de l’arrivée des Chevaliers de l’ordre de St-Jean de Jérusalem.

Extraits du livre.

II – les Chevaliers de l’Ordre de St-Jean & Le Grand Siège ottoman

En 1530, l’archipel est confié en fief aux Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem et de Rhodes par Charles Quint (Roi des Deux-Siciles), autrement dit comme rempart pour l’Europe, contre la constante poussée ottomane en Méditerranée. Le Grand Siège ottoman de 1565 par Soliman le Magnifique fut déterminant dans ce processus de protection. Après la fin du conflit, l’Ordre de St-Jean hésita entre abandonner Malte ou tenter de la reconstruire. Il décida finalement de rester sur l’archipel maltais. Dès lors, il ne cessa de fortifier cette position tant convoitée et destinée à protéger l’ensemble du monde chrétien d’Europe contre l’envahisseur ottoman.

Immédiatement après le siège, le Grand Maître Jean Parisot de La Valette (assisté financièrement par certaines maisons régnantes d’Europe et par le Pape) s’engagea dans la construction d’une cité-forteresse destinée à servir de base à l’Ordre de St-Jean. Le destin de l’Ordre et celui des Maltais furent liés pendant 268 années ; jusqu’à l’expulsion de cet ordre (nobiliaire et chrétien) par le général Napoléon Bonaparte, en 1798.

III – 1566 – La création de La Valette

Dès 1566, la priorité est à l’édification d’une enceinte fortifiée. Le temps presse… on craint la revanche de Soliman. Sur les flancs du Mont Xiberras, des milliers de travailleurs vont s’affairer à un rythme effréné (on évoque généralement 6 à 8000 ouvriers, jour et nuit dès le début de l’édification des remparts : esclaves, ouvriers venus de Sicile, villageois maltais…). En quelques mois, l’essentiel sera érigé ; en quelques années, les flancs de Xiberras vont être doublés d’une série de remparts. Au sommet de la colline, peu à peu, la cité intramuros prendra forme. En mai 1571, les Chevaliers transfèrent leurs quartiers de Vittoriosa (Birgu) vers leur nouvelle cité (nuova città) qui prend pour nom celui de l’illustre grand maître : La Valette.

III – 1571 – La Bataille de Lépante

Le 7 octobre 1571, Bataille de Lépante. La Sainte Ligue va mettre en déroute la flotte turque en coulant 260 de ses navires, sur une flotte de 300. Les Chevaliers de l’Ordre de St-Jean prennent part brillamment à la bataille. Lépante est considérée aujourd’hui encore comme l’une des batailles navales les plus décisives de l’Histoire, qui mit fin à l’expansion ottomane vers l’Europe.

IV– Le vent révolutionnaire souffle sur Malte

  • En France, dès 1789, la Révolution s’est attaquée au clergé, à la noblesse, aux ordres religieux. En 1792, les ordres de chevalerie sont supprimés ; les biens de l’Ordre sis en France confisqués et déclarés biens nationaux. La perte de leurs possessions domaniales affaiblit considérablement les finances de l’Ordre.
  • A Malte, l’Ordre de St-Jean doit faire face à des contradictions internes ; le vent révolutionnaire français transporte jusqu’ici ses idées, qui ne sont pas sans déplaire à certains Maltais et certains Chevaliers. Et l’ordre aristocratique souverain devient de plus en plus impopulaire auprès des Maltais.
  • En 1796, alors que Napoléon Bonaparte est sorti des guerres d’Italie, les Chevaliers de Malte s’inquiètent des rêves expansionnistes du jeune général et sollicitent le Tsar de Russie, Paul 1er (alors ennemi de la République Française), afin de se placer sous son Protectorat.

V – 1798-1800 – L’occupation française

  • En France, début 1798, Bonaparte avait affirmé devant le Directoire : « L’île de Malte est pour nous, d’un intérêt majeur […]. Cette petite île n’a pas de prix pour nous […]. Si nous ne prenons point ce moyen, Malte tombera au pouvoir du roi de Naples».[1].
  • Le 9 juin 1798, la flotte française se présente au large des côtes maltaises… Près du port de La Valette, la demande d’approvisionnement en eau du Bonaparte (le général en chef de l’Armée d’Orient, en route pour l’Egypte) sera refusée. Riposte à ce refus : l’invasion. Les troupes débarquent sur les côtes de Malte et de Gozo et jusqu’aux abords du Grand Port.
  • Dès le 13 : Bonaparte engage très rapidement des changements notoires, nomme des commissions et met en place des municipalités. Il dote Malte d’une Constitution : « … Tous les habitants de l’île de Malte deviennent citoyens français…». De grandes réformes sont mises en place (code de la famille, éducation ; abolition de la féodalité, de l’esclavage…).
  • Le 14 : proclamation de la dissolution de l’Ordre de Malte et expulsion de celui-ci du territoire où il s’était établi.
  • Le 17 : le général Bonaparte informe le Directoire : « Nous avons, dans le centre de la Méditerranée, la place la plus forte de l’Europe, et il en coûtera cher à ceux qui nous délogeront ». Avant de faire voile le lendemain vers l’Egypte, Bonaparte nomme le Général de Vaubois, Gouverneur militaire de Malte.

Insurrection maltaise et intervention britannique

Les Français ont démembré les institutions de l’Ordre et fermé les communautés religieuses. A court de finances, ils saisirent des œuvres d’art et des biens d’Eglise… Pour les Maltais, fervents catholiques, c’en est trop. La population va se révolter et ce mouvement d’insurrection s’amplifiera rapidement. Pour parvenir à expulser les Français, les Maltais vont chercher un appui extérieur auprès de Ferdinand IV (roi des Deux-Siciles) et des nations ennemies de la France.

Le commandement d’une escadre de navires sera confié à l’amiral Horatio Nelson, qui dépêchera le capitaine Alexander John Ball à la tête de cette flotte, pour dresser un état de la situation sur les îles maltaises.

Blocus de la garnison française dans La Valette

Les Britanniques soumettront les Français à un blocus total, dont les Maltais ne manqueront pas de subir les répercussions.

Dix-huit mois de blocus ; pénurie alimentaire pour les Français, et conséquemment pour les Maltais. Au fil des mois, malnutrition, maladie, épidémies s’installent : « À la fin août 1800, une centaine de soldats français mouraient par jour ».[2] Dans ce contexte, la population de La Valette va vivre au rythme de la troupe française qui, finalement – pour économiser les ressources – la chassera hors les murs : « La disette était extrême ; on expulsa de la ville près de 3000 individus inutiles à la défense »[3] ; « La population civile est passée de 45000 en 1799 à 9000 en 1800 »[4].

Le 5 septembre 1800 : signature de la capitulation française. La République française laisse Malte à la Couronne britannique.

 

Cette phase franco-malto-britannique marque un tournant important dans l’histoire maltaise et l’histoire de sa colonisation. Les Britanniques s’installent : c’est le début d’une gouvernance qui durera près de 164 années.

VI– La domination britannique

 

1799-1814 – Période de transition, entre guerre et paix

Cette domination commence par un Protectorat qui signifiait pour les Maltais une aide à la défense de l’archipel en cas d’agression. Le Traité de Paix d’Amiens, en mars 1802, prévoyait le retour des chevaliers de l’Ordre sur Malte et stipulait que les forces britanniques devaient évacuer l’archipel au plus tard sous trois mois. Ce traité ne fut jamais appliqué. La Grande-Bretagne se maintiendra à Malte et y exercera son autorité.

 

Traité de Paris (mai 1814)

Le 30 mars 1814, Napoléon abdique et est exilé sur l’île d’Elbe. Le 30 mai, un Traité de Paix est signé à Paris, dont l’article VII stipule : «L’île de Malte et ses dépendances appartiendront de plein droit et toute souveraineté de Sa Majesté britannique ». Malte est officiellement annexée à l’Empire britannique. Les Maltais sont ainsi passés de deux années de régime colonial français au régime colonial britannique. Le Congrès de Vienne, le 9 juin 1815, confirmera cette décision et dessinera le nouvel état de l’Europe.

 

1815-1886 – Colonialisme et droits des Maltais

Depuis le début du Protectorat jusqu’à l’annexion à l’Empire britannique, entre défense, pauvreté, troubles divers, prospérité… les Maltais restèrent toujours sous tutelle britannique (institutions, emploi, langue…). Ainsi, après tant d’années de domination, la petite colonie maltaise aspirait de plus en plus à sa propre gouvernance ; la facilité ne sera pas au rendez-vous.

 

Début du XXème siècle : un climat de guerre mondiale ;
à Malte, des mouvements de révolte.

Le boom économique que connut l’archipel sera suivi d’un grand déclin. Dans les toutes dernières années du XIXe siècle, Malte sera confrontée à une crise économique sévère, que l’on attribue généralement au passage de la navigation à voile à la propulsion à vapeur (les moteurs de plus en plus puissants nécessitent moins d’escales, les bateaux devenus plus volumineux n’entrent pas dans le Grand Port).

 

1ère guerre mondiale – Malte : « Infirmière de la Méditerranée ».

Colonie britannique, Malte entrera aussi dans La Grande Guerre. Ses docks seront largement utilisés par la Royal Navy, mais la forteresse maltaise ne fut pas touchée directement. A partir de mars 1915, La Valette et d’autres localités accueilleront les blessés dans leurs hôpitaux. Clin d’œil involontaire de l’Histoire à ses Chevaliers-hospitaliers (arrivés en 1530, chassés en 1798) : la minuscule colonie prendra soin de près de 60.000 victimes ; ce qui lui valut le titre d’Infirmière de la Méditerranée (Nurse of the Mediterranean).

 

L’après-guerre (1919-1939)

Conséquence directe du conflit : Malte surpeuplée souffre d’une très forte pauvreté. Le mécontentement contre l’Administration britannique prend de l’ampleur. Le 7 juin, une manifestation contre la cherté des céréales et du pain (alors qu’une nouvelle constitution est en cours d’élaboration à l’intérieur du bâtiment de l’Assemblée) dégénère en émeute, entraînant la mort de quatre Maltais. Cet évènement va accentuer l’urgence d’une réforme politique et constitutionnelle.

Immédiatement après ces Bread Riots, le Gouverneur est remplacé. Son successeur propose dès son arrivée des mesures visant à atténuer le drame : réduction du prix du pain par le biais d’une subvention gouvernementale, mise en place d’un programme de travaux publics afin de réduire le chômage… et plus d’autonomie.

Dans les années qui vont suivre, une tourmente politique s’installe, entre dirigeants britanniques, politiciens maltais et l’Eglise catholique maltaise. La constitution de 1921 se verra révisée, suspendue deux fois, restaurée et… révoquée. En 1933, la question de la langue fait à nouveau débat (craignant l’influence fasciste, la Grande-Bretagne refuse de faire de l’italien une langue officielle.[5] (Cette question de la langue – italien, maltais, anglais – reviendra, de façon récurrente). Nouvelle suspension de constitution : Malte revient à son statut de colonie, proche de celui de 1813.

En septembre 1939, à la veille de la 2nde Guerre Mondiale, l’autonomie gouvernementale maltaise est loin d’être une priorité ; ici, on parle alors plus que jamais de « British rule ». La petite colonie maltaise, membre du Commonwealth, est située à proximité de la Sicile et des voies maritimes de l’Axe germano-italien. Le port de La Valette, base pour sous-marins et navires britanniques, devient le centre névralgique de la flotte alliée de Méditerranée (Mediterranean Fleet).

 

2ème guerre mondiale à Malte (1940-1943)

Malte, et plus spécifiquement la zone portuaire de La Valette, ont été la cible de bombardements aériens par les forces de l’Axe, entraînant de lourdes destructions.

  • 1940 – L’envahisseur surgit par les airs.

Le 10 juin 1940, l’Italie, par la voix de Mussolini, déclare la guerre à l’Allemagne et à la Grande-Bretagne. Dès le 11 juin : nouvelle invasion de l’archipel ; par le ciel cette fois. Les premières bombes italiennes sont larguées sur Malte ; la région portuaire de La Valette sera particulièrement visée.

Dans l’urgence, les Maltais vont se déplacer massivement vers le nord de l’île. Ils vont se réfugier dans les multiples grottes utilisées il y a des milliers d’années par les premiers hommes sur l’archipel, et y vivre jusqu’à la fin du conflit.

  • 1941 : l’Allemagne se joint à l’Italie pour bombarder Malte.

A partir de novembre 1941, Malte – principale base alliée sur la route des convois de l’Axe destinés à ravitailler l’Afrika Korps – sera soumise à d’intensifs bombardements et à un blocus. L’acharnement des forces de l’Axe sera terrible.

 

  • 1942 : Des renforts qui n’arrivent pas.

Les convois d’approvisionnement, en route vers ou à l’approche de l’archipel maltais, sont détruits, l’un après l’autre. Les deux seuls navires ayant pénétré dans le port de La Valette y sombrent.

Début 1942, Malte semble perdue. Le siège s’est transformé en un blocus total : la Royal Navy manque de carburant (nefs restant au port et aéronefs cloués au sol) ; la population restée dans les cités autour du Grand Port commence à souffrir de famine. Malte est sur le point de se rendre. En avril, les bombardements n’ont jamais été aussi intensifs. En juin, d’autre convois échouent ; toujours pas de carburant ni de ravitaillement pour Malte. Malte perdue ? Presque ; oui, presque… L’Histoire se répète parfois (comme lors du Grand Siège de 1565 et l’arrivée du Grand Soccorso) : le matin du 15 août 1942, un convoi maritime de ravitaillement[6] entre dans le Grand Port.

15 août 1942 : Opération PEDESTAL – Le SS Ohio réussit à atteindre le port de La Valette. Arrivée vitale pour Malte et la Royal Navy : du carburant et des vivres. Sa cargaison et celle des autres navires représentaient environ trois mois de réapprovisionnement. Insuffisante cargaison, mais elle permettait à l’archipel maltais de reprendre son souffle et de se redresser ; et aux forces de la Royal Navy de poursuivre les combats. – L’arrivée dans le port de La Valette est un exploit pour ce pétrolier, quand on sait qu’il reçut sept coups directs et près d’une vingtaine d’atteintes de forte proximité et… qu’il perdit l’usage de ses moteurs. Il doit son « arrivée à bon port » à une escorte de trois destroyers et des remorqueurs. Deux d’entre eux le prendront en tenaille sur les flancs pour pénétrer dans le port.

 

  • 1943 : Roosevelt, Churchill et George VI ; l’Opération HUSKY.

En juillet 1943, les salles d’opérations de guerre de La Valette « ont été utilisées par le Général Eisenhower et son commandement suprême : l’Amiral Cunningham, le Feld-maréchal Montgomery et le Maréchal de l’air Tedder, pour leur QG Allié avancé de l’Opération Husky – Invasion de la Sicile. »[7] Celle-ci avait pour buts, entre autres, de faire diminuer les raids aériens au-dessus de Malte et de préserver la flotte alliée en Méditerranée. C’est de ce QG qu’ont été planifiées et organisées d’autres opérations offensives d’importance vitale, notamment à partir de juillet et jusqu’en novembre 1943 (El-Alamein, Tunis…), et surtout : l’opération Husky, qui entraînera la capitulation italienne, le 8 septembre 1943.

Malte & La Valette d’après-guerre

  • De nombreux Valettois s’étaient réfugiés loin de La Valette afin d’échapper aux bombardements. Après-guerre, le retour ne sera pas massif… (ce qui explique pourquoi aujourd’hui le nombre de ses résidents ne soit que d’environ 7000).
  • Après ce conflit mondial, l’importance stratégique de cette base navale et militaire est remise en question. Les Britanniques ont en outre perdu le contrôle du Canal de Suez. Des centaines d’employés des docks sont licenciés. Les arsenaux sont transformés en constructions navales de commerce et en ateliers de maintenance.
  • Mais la question de l’indépendance de Malte commence à prendre de l’ampleur. Grèves, mouvements sociaux, etc. La relative autonomie gouvernementale sera révoquée en 1959.
  • Afin de réduire le chômage, on encouragea l’émigration (vers l’Australie, le Canada, le Royaume-Uni…). Entre 1948 et 1975, on assiste à une émigration de masse (environ 5000 migrants par an).

VII – Accession à l’Indépendance – 1964

  • La transition vers l’Indépendance se fait après des élections organisées en 1962, remportées par le parti nationaliste (parti conservateur). Le 1er Ministre, George Oliver Borg, négociera en 1963 l’indépendance de Malte, tout en restant au sein du Commonwealth. (sur le Commonwealth aujourd’hui, lire plus ici)
  • Indépendance accordée par la Grande-Bretagne l’année suivante et devenue effective le 21 septembre 1964.
  • Malte deviendra République en 1974.
  • Le pays entre dans l’Union Européenne en 2004 et dans la zone euro en 2008.

Références et notes :

[1]   Histoire de l’Ordre de Malte, Galimard Flavigny Bernard, Ed. Perrin, Paris, 2006, page 248.

[2] Dictionnaire Napoléon, Jean Tulard, Librairie Arthème Fayard, Paris, , 1987, réed. 1999.

[3] France militaire : histoire des armées françaises de terre et de mer de 1792 à 1837, Ibid., p 185.

[4] The Naval History of Great Britain, Volume 3, 1800–1805, James William, Conway Maritime Press, 2002 (réed. de 1887), p. 14.

[5] Avancée pour les Maltais en 1934 : le malti devient une des deux langues officielles, avec l’anglais.

On estimait cette même année que « seulement environ 15 % de la population pouvait parler couramment italien » – Malta – An Account and an Appreciation, Luke Harry, Harrap, Great Britain, 1949, p. 113

[6] Convoi appelé par les Maltais, Il-Konvoj ta’ Santa Marija (Ste Marie), car arrivé le jour de l’Assomption de Marie.

[7] Salles d’Opérations située dans le bastion Lascaris (Parcours « Fortifications », n° 29 sur plan). Extrait du site des Lascaris War Rooms : www.lascariswarrooms.com/history.html

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